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Créée à partir du don exceptionnel au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) de huit tableaux de Paul-Émile Borduas, par les grands mécènes et collectionneurs britanno-colombiens Michael Audain et Yoshiko Karasawa, l’exposition Les Énergies latentes. Paul-Émile Borduas au présent. La donation de Michael J. Audain et de Yoshiko Karasawa propose une expérience forte, une aventure enivrante.

L’exposition s’articule autour de ces œuvres iconiques de Paul-Émile Borduas – essentiellement des peintures des années 1950 -, qui entretiendront un dialogue riche et fécond avec des acquisitions récentes de la collection nationale du MNBAQ, les œuvres d’artistes actuels : Dominique BlainMichel CampeauNadia MyreAlain PaiementJean Paul Riopelle et Michaëlle Sergile.

Les œuvres rassemblées incarnent à merveille la vision d’avenir du MNBAQ, soit d’être en phase avec les mouvements qui animent notre société, puisqu’elles ont en commun cette volonté ouverte et affirmée de remettre en cause l’ordre des choses, d’interroger les apparences, de réfléchir avec lucidité sur ce que l’on croit savoir et connaître, de dépasser les limites, même celles que l’on s’impose.

La puissance de l’œuvre de Borduas en dialogue avec celle des artistes d’aujourd’hui

La production de Paul-Émile Borduas continue de nous questionner sur l’existence, la création, l’engagement et la diversité. Comme lui, plusieurs artistes ont ancré leurs recherches esthétiques dans un territoire et une géographie, qui recèlent de ces forces incomparables, autant que dans les liens affectifs, identitaires et politiques qui façonnent l’humain et son expérience au monde.

La dimension poétique de la première portion du titre de l’exposition Les Énergies latentes fait référence aux énergies qui existent, sans être apparentes, à ces changements d’état de la matière et aux polarités multiples qui s’expriment dans la création et la pensée de Paul-Émile Borduas. Les énergies de la nature et celles de l’humain sont parfois en latence, parfois libératrices; parfois destructrices, parfois créatives; parfois dépressives, parfois exaltées. Ces énergies couvent tour à tour dans la matière, dans le corps et dans l’esprit, entre le Soi et l’Autre, dans la résilience autant de polarités qui témoignent de la complexité de la nature humaine.

Les croisements audacieux entre les œuvres de l’exposition proposent un rendez-vous avec l’indicible, l’émotion pure, les forces incroyables qui émanent de la création et qui nous dépassent.

Une scénographie au service des énergies latentes

Une mise en espace sensible vient aussi créer des liens visuels, esthétiques et intellectuels entre les œuvres. Le rouge et le gris miroitant se sont imposés par leur capacité à incarner l’énergie, l’incandescence et l’intensité, pour le premier, et la réflexion, pour le second. Ces couleurs symbolisent les deux pôles des énergies latentes, tout en saluant l’esthétique des avant-gardes du début du 20e siècle, qui ont abordé la création avec la même ambition, celle de transformer notre perception des arts et du monde.

Parmi les œuvres phares de l’exposition

La valeur artistique des tableaux de Borduas présentés dans cette exposition est inestimable. Parmi les œuvres incontournables de la généreuse donation Audain et Karasawa, qui réjouiront à coup sûr le public, il faut mentionner : Grenouille sur fond bleu (1944) l’une des rares œuvres produites par Borduas à l’hiver 1944, alors qu’il travaille dans l’atelier d’Ozias Leduc à Saint-Hilaire. Pour sa part, Figures schématiques (1956) est l’un des plus grands formats produits par Borduas dans sa carrière. L’œuvre deviendra une des icônes de la production parisienne de l’artiste. Enfin, Sans titre (1959) semble avoir été exécuté d’un coup, sans préparation, mais le geste puissant que représente ce tableau n’est qu’une illusion. L’œuvre est produite dans une période très prolifique qui voit naître plusieurs œuvres à la fois gestuelles et calligraphiques dont le MNBAQ ne conservait aucun exemple.

Dans la sélection d’œuvres en écho à Borduas, l’installation textile Peau noire, masques blancs (2017-2018) de Michaëlle Sergile risque d’interpeller en proposant une traduction critique du texte Peau noire, masques blancs (1952) de Frantz Fanon. La traduction du livre au moyen d’un code de tissage a rendu manifestes, selon Sergile, « l’absurdité des termes Noir.e et Blanc.he et le manque flagrant de représentations positives des femmes dans ce livre ».

Issue d’une démarche complexe et fastidieuse en photographie, Dérive, l’installation d’Alain Paiement, montre des glaces dérivant sur les eaux obscures du fleuve Saint-Laurent sous le pont de Québec. Sur le plan esthétique, la projection n’est pas sans rappeler les œuvres en noir et blanc que Paul-Émile Borduas a produites à Paris alors qu’il cherchait à dépasser la relation de la forme au fond pictural. Inspirée par une phrase du physicien et philosophe des sciences Étienne Klein – « Le temps ne passe pas, c’est nous qui passons », l’œuvre de Paiement ouvre l’exposition avec force.

Enfin, impossible de rester impassible face à l’œuvre percutante de Nadia Myre, Indian Act (2002), qui présente 10 éléments d’une installation qui en compte 56, soit le nombre de pages des cinq chapitres de la Loi sur les Indiens de 1876 (amendée en 1985). Tandis que les perles blanches recouvrent le texte de ce document colonial et patriarcal expressément voué à l’assimilation et à la dépossession des Autochtones, les perles rouges se substituent au blanc de la page.

Les artistes, en bref

Paul-Émile Borduas
C’est dans l’atelier d’Ozias Leduc, en 1921, que Paul-Émile Borduas entame son apprentissage. Il y fera ses premières mains, assistant le maître dans de nombreux projets de décoration d’églises et de chapelles. En 1923, il s’inscrit à l’École des beaux-arts de Montréal, où il s’y distingue par la réception de nombreux prix. De 1928 à 1930, il poursuit sa formation en France, auprès de Maurice Denis, lui permettant de s’initier à une expression artistique plus contemporaine, notamment le courant du surréalisme, qui marque un tournant dans sa production. La lecture des ouvrages d’André Breton, qui définissait le surréalisme comme « automatisme psychique pur », aura sur lui un grand impact.

Borduas devient professeur à l’École du meuble de Montréal en 1937 et, deux ans plus tard, fait partie, avec John Lyman et Robert Élie, des membres fondateurs de la Société d’art contemporain, créée dans le but de promouvoir l’art abstrait au Canada. Le rayonnement de ses idées sur l’art s’élargit alors et un groupe de peintres se rassemble autour de lui. Jean-Paul MousseauFernand LeducPierre GauvreauMarcelle FerronJean Paul Riopelle, entre autres, formeront avec lui le groupe des « automatistes ». Animé de la volonté de renforcer les positions et la philosophie du groupe, il rédige et publie en 1948 le manifeste Refus global, dont les répercussions seront telles qu’elles lui feront perdre son poste d’enseignant à l’École du meuble de Montréal.

Il s’adonne dès lors complètement à son art, non sans ressentir amèrement sa mise à l’écart des institutions culturelles. Il part pour New York en 1953 où il confronte sa démarche aux plus récents développements de l’expressionnisme abstrait, en particulier au travail de Jackson Pollock et Franz Kline. Son travail y trouve une résonnance certaine et quelques occasions d’exposition se présentent à lui, mais c’est à Paris que Borduas espère obtenir la reconnaissance de ses pairs. Son installation dans la capitale française en 1955 est toutefois difficile, et ce n’est qu’en 1959 que se tient une première exposition de ses œuvres à la Galerie Saint-Germain. En 1962, deux ans après son décès, une vaste rétrospective de sa carrière fut présentée à Montréal, à Québec, à Ottawa et à Toronto.

Dominique Blain
Dominique Blain vit et travaille à Montréal (Québec). Lauréate, en 2014, du prix Paul-Émile-Borduas, la plus haute distinction en arts visuels au Québec, Dominique Blain mène une fructueuse carrière depuis le milieu des années 1980. Hautement politique, sa production s’intéresse aux guerres, qui secouent ce monde, aux inégalités, aux rapports de pouvoir. Ses œuvres, souvent nourries par des images de presse d’archives, proposent des dispositifs qui rechargent le contenu politique des images qu’elle retient, de façon à activer toute la force qu’elles possèdent et pour contrer leur oubli potentiel. Elle a exposé dans plusieurs villes nord-américaines, européennes, ainsi qu’en Australie, et trois expositions rétrospectives majeures lui ont été consacrées. Dominique Blain a également réalisé plusieurs œuvres publiques au Québec.

Michel Campeau
Né en 1948 à Montréal (Québec), Michel Campeau se consacre intensivement à la pratique de la photographie à la suite d’études à l’Institut des arts graphiques du Québec, à Montréal, de 1964 à 1968. D’abord comme photographe documentaire, il est actif sur la scène artistique nationale depuis les années 1970. Le travail de Campeau a été exposé, au Canada, aux États-Unis, au Mexique, au Japon, en France, en Belgique, au Portugal, en Allemagne et au Pays de Galles. Ce dernier s’est vu décerner plusieurs prix, dont le Prix international de la photographie d’Higashikawa, au Japon, en 1994, la bourse de carrière Jean-Paul-Riopelle octroyée par le Conseil des arts et des lettres du Québec, en 2009, et le prix du duc et de la duchesse d’York en photographie, remis par le Conseil des arts du Canada en 2010. Ses œuvres font partie de nombreuses collections d’importance, tant au Canada, qu’en Europe, qu’aux États-Unis, en plus du Japon.

Nadia Myre
Née en 1974 à Montréal (Québec), Nadia Myre est une artiste de descendance anishinaabe (algonquine) et membre de la communauté de Kitigan Zibi. Depuis plus d’une décennie, elle diffuse son travail qui porte essentiellement sur les thèmes de l’identité, de la langue, du désir et de la perte. Son travail a été présenté au Québec, au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Australie, en Chine et en Italie. Elle compte à son actif plusieurs expositions personnelles, dont des expositions monographiques majeures. Elle a reçu plusieurs bourses et prix, dont une prestigieuse bourse du Eiteljorg Museum of American Indians and Western Art à Indianapolis, États-Unis. Elle a remporté le prix Sobey en 2014. Elle a reçu le titre de Compagne des arts et des lettres du Québec, remis par le Conseil des arts et lettres du Québec (CALQ) en 2019 et est lauréate du prix Louis-Comtois 2021.

Alain Paiement
Né en 1960 à Montréal (Québec), Alain Paiement est sans contredit déjà une des figures marquantes de l’histoire de la photographie au Québec et au Canada. Issue de la peinture, son approche de la photographie ne perdra jamais de vue la dimension plastique de l’image photographique. L’artiste a exposé au Canada, en Inde, en Belgique, aux États-Unis, en Hongrie, en France, en Italie, en Colombie, en Espagne et en Finlande, notamment. Il a reçu plusieurs prix en photo contemporaine – il a notamment été finaliste au prestigieux ScotiaBank Photo Award en 2012 – et a réalisé de nombreuses œuvres d’art public au Québec. Il figure au sein de collections institutionnelles et privées majeures au Canada, aux États-Unis, en Espagne et en Belgique. Il a entre autres reçu le prix Graff en 1997, a été nommé Ambassadeur de la culture de Bruxelles en 1999 et reçu le prix Louis-Comtois en 2002.

Jean Paul Riopelle
Riopelle (1923-2002) compte parmi les artistes québécois les plus réputés sur la scène internationale. L’envergure, l’originalité et le rayonnement de son œuvre, liés tour à tour à l’automatisme, à l’expressionnisme abstrait et à l’abstraction lyrique, en font un protagoniste de premier plan des développements de la peinture moderne de l’après-guerre. Il commence à peindre au tournant des années 1940, puis, en 1943, s’inscrit à l’École du meuble de Montréal. Il participe à la première exposition du groupe des automatistes en 1946 et signe le Refus global en 1948, mais montre rapidement une volonté de prendre ses distances avec l’automatisme. Il quitte le Québec pour Paris, où sa première exposition personnelle aura lieu en 1949. Dans la décennie suivante, Riopelle est consacré comme l’un des représentants majeurs de l’école de Paris, ce qui ne l’empêche pas d’être simultanément reconnu comme une figure importante du courant de l’abstraction lyrique américaine à la suite d’une exposition tenue à New York en 1954.

Dans les années 1960 et 1970, la production de Riopelle se diversifie, l’estampe et la sculpture y occupant une place grandissante. Cette démarche en mouvement voit également s’affirmer la figuration et les références toujours plus ouvertes à la nature. Certains motifs récurrents – hiboux, icebergs, oies sauvages – apparaissent dans les œuvres de l’artiste au moment où il multiplie les voyages de chasse et de pêche au Québec, avant de revenir s’y établir définitivement en 1990. Deux ans plus tard, il réalise L’Hommage à Rosa Luxemburg au lendemain de la mort de Joan Mitchell, peintre américaine majeure et compagne de Riopelle durant près de 25 ans. Ce triptyque spectaculaire est présenté en permanence dans le pavillon Pierre Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec.

Michaëlle Sergile
Michaëlle Sergile est une artiste et commissaire indépendante travaillant principalement à partir d’archives de la période postcoloniale, de 1950 à aujourd’hui. L’artiste utilise le lexique du tissage, souvent perçu comme de l’artisanat et catégorisé comme féminin, pour réfléchir aux rapports de domination de genre et d’ethnie. Sergile a exposé au Canada et aux États-Unis et a reçu plusieurs prix et bourses dont la Bourse des Fonds de recherche Société et Culture du Québec (FRQSC) et la Bourse Plein sud 2021, qui a pour objectif d’encourager la recherche et l’innovation chez les artistes de la relève en art actuel au Québec.

Les crédits

L’exposition Les Énergies latentes. Paul-Émile Borduas au présent. La donation de Michael J. Audain et de Yoshiko Karasawa est organisée par le Musée national des beaux-arts du Québec.

Direction
Annie GAUTHIER
Directrice des expositions et des relations internationales, MNBAQ

Commissariat et coordination
Anne-Marie BOUCHARD
Conservatrice de l’art moderne (1900-1949), MNBAQ

Gestion
Marie-Hélène Audet
Cheffe du Service de la médiation, MNBAQ

Yasmée Faucher
Cheffe du Service de la muséographie, MNBAQ

Catherine GAUMOND
Cheffe du Service des collections, MNBAQ

Design
Loïc LEFEBVRE
Designer, MNBAQ

Graphisme
Marie-France GRONDIN
Designer, MNBAQ

Paul-Émile Borduas, Figures schématiques, 1956. Huile sur toile, 130,4 x 195,5 cm. Collection du Musée national des beaux-arts du Québec, Don de Michael Audain et Yoshiko Karasawa (2021.184) Photo : MNBAQ, Denis Legendre // Nadia Myre, Circle, de la série Scarscape, 2010. Épreuve numérique, 2/5, 191,5 x 110 cm. Collection permanente (2020.864) Don de Karine Vanasse © Nadia Myre / CARCC Photo : MNBAQ, Denis Legendre (Groupe CNW/Musée national des beaux-arts du Québec)

Le Musée national des beaux-arts du Québec est une société d’État subventionnée par le gouvernement du Québec.

Les Énergies latentes. Paul-Émile Borduas au présent
La donation de Michael J. Audain et de Yoshiko Karasawa 
Pavillon Pierre Lassonde
Du 24 février au 24 avril 2022

SOURCE Musée national des beaux-arts du Québec